dimanche 15 juin 2014

La part des anges

Lors de mon jour de congé la semaine dernière je suis allée à Yoichi ville où se trouve la distillerie de Whisky Nikka. Cette distillerie a été fondée en 1934 par Masakata Taketsuru et sa femme écossaise Rita Cowan. Taketsuru est considéré comme le père du Whisky japonais. chimiste de formation, il a consacré sa vie au Whisky et la recherche d'un bon whisky. La distillerie de Yochi est la première distillerie de Whisky au Japon.
S'ils ont choisi Yoichi pour établir leur fabrique, c'est parce que le climat de cette ville est proche de celui de l’Écosse.

La distillerie est toujours en fonctionnement. Nous pouvons cependant la visiter gratuitement. Le site est d'ailleurs très agréable et des visites guidées et gratuites sont également proposées. On sent qu'ils ont à cœur de faire découvrir le monde du Whisky. J'ai trouvé cet endroit très généreux.


L
La distillerie Nikka est intimenent liée à celle du couple. C'est un rêve qu'ils ont porté et concrétisé ensemble. Leur vie ne fut pas sans difficulté. Mais ils ont tout partagé, le meilleur comme le pire et leur union est maintenant un symbole de la ville. Une belle histoire d'amour qui est peut-être l'un des ingrédients secrets qui fait la réussite du Whisky Nikka.
Plus de détails ici :

Les étapes de fabrication.
Tout d'abord, du bon blé, qu'on assèche (le maltage). On le mélange à de l'eau chaude pour casser l'amidon (le brassage), arrive la fermentation, la distillation puis la maturation. (je ne suis pas capable de rentrer plus dans les détails).










L'étape de la distillation.
La distillerie est l'une des dernière au monde à utiliser ce genre de four.

La maturation




Dans l'enceinte de la distillerie se trouve également un musée qui explique les spécificités du whisky mais aussi son histoire et les différents Whisky dans le monde. Ci-dessus on peut voir et sentir la différence du whisky à ces différentes étapes de maturation.
Hommage à Robert Burns.


Des dégustations de Whisky (payantes) y sont proposées.





Mais la distillerie propose également un certains nombre de dégustations gratuites !


La maison de Rita et Taketsuru dans l'enceinte de la distillerie.




Une belle journée, chaleureuse et réjouissante. Et un bel endroit à découvrir si vous êtes de passage près de Yoichi.

lundi 9 juin 2014

envoyer ad patres


Quand vient la pluie à Shakotan, il arrive parfois que mes hôtes tuent quelques-unes des leurs poules pour leurs propre consommation (il est interdit de commercialiser des poulets si l'on ne passe pas par un abattoir). J'ai assisté Nobuya-san dans cette tâche. Arrivée à presque 2 ans, les poules ne pondent plus d'aussi bons œufs. Disons qu'ils ne sont plus commercialisables. Nobuya-san et Yoko-san élèvent des poules Momiji, race de poules japonaises dont la couleur des œufs rappelle les feuilles rouges des Momiji (feuille d'érable japonaise). Quand les poules prennent de l'âge, leurs œufs restent bons mais deviennent blancs. Nobuya-san continue bien sûr de bien les nourrir jusqu'à la fin.


 Poule Momiji

Je n'ai pas pris de photos de la mise à mort ....par respect aussi pour les poules....je me contente de décrire.
Enfin voici la procédure chez mes hôtes. Ils pratiquent la décapitation :
1 : Pour immobiliser les poules, on croise leurs ailes.
2 : On place la tête sur un Billot, on bloque la tête avec une petite caisse et on maintient le corps d'une main. (on tue les poules dehors).
3 : On fait une petite prière et on remercie la poule pour tous les œufs qu'elle nous a offert. On respire un bon coup et on essaye avec le couteau (ou plutôt petite hache) de bien viser sur le cou de la poule. Là j'ai manqué un peu de force alors j'ai du m'y reprendre à plusieurs fois.... m'excusant platement auprès des poules. Merci aux deux poules (sur 10) que j'ai tué (ou essayé), elles ont montré beaucoup de patience je trouve malgré mes maladresses....
4 : Une fois la tête tranchée on l'offre aux corbeaux qui semblaient au courant que ce jour-ci nous allions tuer des poules. Ils s'étaient regroupés.
5 : On attache la poule par une patte afin de faire écouler le sang.
6 : On  plonge la poule dans une bassine d'eau chaude (90°c environ) pendant 30 secondes. Après cela il devient plus facile de les déplumer.
8 : On laisse reposer un peu la poule quelques heures.
9 : Vient le moment du découpage. Au Japon on ne mange pas de poulet rôtis. Aussi il convient de découper la bête en plusieurs morceaux ce qui nous a permis d'avoir un cours d'anatomie très intéressant.
10 : On stocke le tout pour de futurs plats. 
11 : Même si la viande de poulet est pour sa propre consommation, il faut écrire un petit rapport à la préfecture pour préciser le nombre de bêtes tuées et restantes.

Et enfin peut-être que l'âme des poules deviennent des Dieux, Kami qui habitent la nature où elles continuent de jacqueter.
D'ailleurs le cris du coq au Japon est "Kokekoko" et la poule "kokkokko"

Cela a été pour moi une expérience importante. Donner la mort à des poules dont on s'est occupé n'est pas facile. Mais cela nous rapproche aussi de la vie. Puis tout cela s'est fait dans le respect de l'animal. Les poules ont je pense eu une belle vie à Nonnon farm. La viande sera également consommée avec soin. C'est très différent que d'acheter la viande en barquette sans avoir vu à quoi ressemblait la poule.

jeudi 5 juin 2014

Bikuni 美国

 Lors de mon jour de congé (et oui nous sommes au Japon et même quand on fait du wwoofing c'est généralement un jour de repos par semaine), petite promenade à Bikuni, ville la plus proche de Nonnon farm. Compter quand même une bonne heure de marche. Bikuni (美国dont les kanji signifient en chinois "Etats-Unis") est une petite ville de pêcheurs. En ce moment c'est la saison des oursins. Mes hôtes ont pu en recevoir un peu.


dégustation d'oursins


 Yoko-san en plus du travail à la ferme travaille deux après-midi par semaine à l'école de Bikuni où elle surveille les maternelles qui finissent plus tôt. 



Nous nous situons près de la mer. Cela a pour conséquence que nous rencontrons parfois des vents extrêmement violents.

 Drôle de pêche...

dimanche 1 juin 2014

La clef des champs

Je me situe actuellement dans la province de Shakotan (積丹)dans l'Ouest d'Hokkaido. Shakotan est un mot Ainu qui signifie village de l'été. C'est dans cette province que j'effectue mon wwoofing pour le moment, dans la ferme de Nobuya-san et Yoko-san : "la ferme nonon" (のんのんふぁーむ, nonnon famu). "nonnon" pour les français sonne un peu comme la ferme du "non" qui s'accorde assez bien avec la position de mes hôtes plutôt opposés au système actuel. Mais c'est avant tout l'abrévation de "Nonbiri" et "Nonkiri" qui pourraient se traduire par "insouciance" et "aller doucement"

Nobuya-san et Yoko-san forment un couple d'une soixantaine d'années. Ils se sont lancés dans l'agriculture il y a un peu moins de dix ans. Nobuya-san était instit mais las du système et de l'évolution de l'éducation, ils ont décidé de changer de vie après que leurs enfants ont fini l'université. Ils ont toujours été dans une démarche assez écologique et réfractaire. Par exemple, l'hymne national est chanté à chaque rentrée scolaire et tout le monde doit se lever et la chanter. Nobuya-san s'y est toujours opposé et ne s'est jamais levé jugeant l'hymne dépassé et trop nationaliste. Aujourd'hui une telle attitude pourrait entraîner un renvoi direct.

Durant leur jeunesse Nobuya-san et Yoko-san ont beaucoup voyagé en Inde, au Népal mais aussi en Afghanistan, Syrie, Irak. Un jour au Népal, dans une petite auberge où ils sétaient arrêtés pour une nuit leur hôte leur a demandé ce qu'ils souhaitaient manger. Nobuya-san a répondu du poulet. L'hôte est sorti et ils ont entendu qu'il tuait une de ses poules pour la leur préparer. Ce geste les a touchés. Nobuya-san et Yoko-san ont alors décidé d'apprendre à produire leur propre nourriture. A élever et tuer leurs propres bêtes...plusieurs années après "non non farm" a vu le jour.
La maison des poules
Ils élèvent donc des poules. Et Nobuya-san a depuis appris à tuer ses propres poules pour leur consommation. Les poules ne sortent pas de leur abri. L'hiver est trop froid et l'été les renards rodent. Mais les poules ont de l'espace. Nobuya-san, en plus des restes de la cuisine leur prépare une mixture à base de Kara (le déchet qui reste lors de la confection du Tofu), de coquilles de coquillages ou d'oursins, d'écorce de riz, de blés et autres. Les poules sont élèvées sur de la terre battue. La nourriture qu'elles ingurgitent fait de leurs fientes un très bon fertilisant. Nobuya-san récupère ainsi de temps en temps la terre sur laquelle les poules évoluent pour s'en servir comme fertilisant dans ses champs.
La maison verte où ils font pousser des aubergines, des concombres, des tomates, mais aussi des jeunes bulbes qui seront ensuite mis en terre dans les champs. 
Comme ces oignons que nous avons plantés. Dans le reste du Japon c'est déjà la récolte des oignons. Mais à Hokkaido, l'hiver se termine plutôt début mai. Le rythme des plantations est un peu différent du reste du pays. Non non farm se compose d'environ 7 hectares de terre. Nobuya-san et Yoko-san varient les plantations au fils des années.  Ils reconnaissent que cette vie n'est pas des plus faciles et qu'ils n'ont pas la liberté encore de pouvoir mener à bien tous leurs projets. Ils aimeraient également avoir des ruches, des chèvres. Mais la priorité est pour le moment donnée aux légumes et aux poules qu'ils vendent afin d'avoir un minimum de rentrée d'argent. Mais l'entretien demande beaucoup de temps.

Un frigo naturel où sont entreposés les légumes. Le mur offre un espace où ils stockent la neige qui ne manque pas en hiver. La neige tient ainsi jusqu'à l'hiver suivant et permet un frigo écolo et économique. Les légumes récoltés en été et en automne sont entreposés dans ce frigo et mes hôtes peuvent les utiliser durant l'hiver pour leur consommation.

Puru, très gentille chienne qui sert aussi d'alarme si d'éventuels ours ou d'éventuels daims s'approchaient de trop près.
Nobuya-san et Yoko-san ont eux mêmes dessiner le plan de leur maison. Ils ont pris soin malgré le prix d'utiliser des matériaux locaux. Le mur de façade est en pin d'Hokkaido. Assez épais, le mur est bourré de vieux papiers journaux qui offre une très bonne isolation. Ainsi, même si les nuits sont parfois encore un peu fraîche à Hokkaido, il fait chaud à l'intérieur. Nous sommes loin des murs de 5 cm d'épaisseur des maisons du reste du Japon !

Nonnon farm se situe à une heure de marche de la ville la plus proche. La nature est notre seule voisine. Une nature qui a été assez brutalisée cependant. Les américains ont par exemple exterminé tous les loups et beaucoup d'Ours d'Hokkaido déséquilibrant ainsi l'écosystème. Aujourd'hui les daims sont en surnombre et ne sont pas sans poser de problèmes aux agriculteurs car une bonne partie de leur récolte part dans le gosier des daims.
Enfin, la nature continue cependant de nous offrir ses trésors. Mes hôtes m'ont appris que le terme "nature" n'existait pas avant au Japon. Ce terme aurait été introduit à l'ère Meiji lorsque le Japon s'est ouvert au reste du monde. Auparavant la nature n'avait pas à être nommée. Elle était là simplement, demeure des animaux, des humains et des Kamis (Dieux shintos)


A bientôt pour d'autres histoires sur nonnon farm et/ou Shakotan.